Rougail Dakatine 974 : la vraie recette du rougail pistache
Chez moi, on n’a jamais dit « pâte d’arachide ». On dit dakatine, un point c’est tout, comme si le mot n’avait jamais existé autrement. Je crois que la plupart des Réunionnais font pareil, sans même y penser.
Chez ma grand-mère, Mémé Solange, la boîte jaune traînait toujours près de la cuisinière. Je me souviens la voir mélanger l’oignon roussi avec une grosse cuillère de dakatine, sans jamais regarder l’étiquette, comme si c’était le seul nom possible pour cette pâte-là.
Et honnêtement, ce condiment mérite tout l’amour qu’on lui porte : une sauce onctueuse, un peu sucrée par la tomate compotée, relevée par le piment, avec ce parfum de cacahuète grillée qui se marie à merveille avec un riz tout simple.
Si vous n’avez jamais goûté de rougail dakatine, ou si vous cherchez enfin la vraie recette plutôt qu’une version qui s’éloigne trop de l’originale, c’est le moment d’essayer : une petite demi-heure suffit, et le résultat est redoutablement addictif.
Dakatine ou pistache : pourquoi ce rougail porte deux noms ?
Ce qui est amusant, c’est que « dakatine » n’est pas vraiment le nom du plat : c’est une marque. Elle est fabriquée à Strasbourg depuis les années 1960, et son nom vient de la contraction de « Dakar » et « tartine », en référence à sa destination d’origine en Afrique de l’Ouest.
Mais à La Réunion, la marque est devenue un nom générique pour désigner n’importe quelle pâte d’arachide, un peu comme on dit « frigidaire » pour un réfrigérateur. Le résultat, c’est ce rougail qui porte fièrement son nom, alors qu’il n’a en réalité rien d’exclusivement réunionnais dans son ingrédient principal.
C’est là qu’intervient l’autre nom, rougail pistache. Chez nous, « pistache » ne désigne pas le petit fruit à coque vert, mais l’arachide elle-même : on l’appelait déjà « pistache de terre » à l’époque coloniale, et le mot est resté, comme dans d’autres anciennes colonies françaises. Rougail pistache et rougail dakatine sont donc bien le même plat, l’un avec son nom d’origine, l’autre avec celui de la pâte industrielle qu’on utilise le plus souvent pour le préparer aujourd’hui.
Rougail Dakatine
Difficulté : Facile4
personnes10
minutes15
minutesIngrédients
3 cuillères à soupe de Dakatine (pâte de pistache/arachide)
3 tomates mûres, coupées en dés
1 oignon, émincé
2 gousses d'ail, écrasées
2 piments verts (oiseau ou pays, selon votre goût)
2 cuillères à soupe d'huile
Sel
Eau tiède, pour diluer
Quelques brins de coriandre fraîche, ciselés
1 petite tomate et un peu d'oignon rouge crus, en petits dés, pour la garniture (facultatif)
Instructions
- Chauffez l'huile dans une casserole, puis faites roussir l'oignon 2 à 3 minutes.
- Ajoutez l'ail et le piment, laissez chauffer 1 minute.
- Incorporez les tomates en dés et laissez compoter 5 à 8 minutes, jusqu'à ce qu'elles s'écrasent facilement à la cuillère.
- Diluez la Dakatine dans un peu d'eau tiède à part, jusqu'à obtenir une pâte lisse sans grumeaux.
- Versez cette pâte diluée dans la casserole, salez, et mélangez bien.
- Laissez mijoter 5 minutes à feu doux en remuant régulièrement, en ajustant avec un peu d'eau si le mélange épaissit trop.
- Parsemez de coriandre fraîche ciselée, et ajoutez quelques dés de tomate et d'oignon rouge crus sur le dessus pour le croquant.
- Servez tiède ou à température ambiante.
Rougail ou plat mijoté : quelle est la vraie recette du rougail dakatine ?
En cherchant des recettes, je suis tombée sur des versions qui transforment le rougail dakatine en un vrai plat en cocotte, avec du porc mijoté pendant une demi-heure. C’est sûrement bon, mais ce n’est pas vraiment un rougail.
Un rougail, par définition, c’est un condiment qu’on prépare vite, pour accompagner un plat, jamais un plat à lui tout seul. La vraie recette du rougail dakatine reste une sauce qu’on prépare en moins d’une demi-heure, à côté du riz et du cari, pas à la place.
Mes conseils pour un rougail dakatine bien lisse
Le secret, c’est de ne jamais verser la dakatine directement dans la casserole chaude : elle fige au contact de la chaleur et forme des grumeaux impossibles à rattraper.
Diluez-la toujours à part, dans un peu d’eau tiède, jusqu’à obtenir une pâte bien lisse, avant de l’incorporer à la sauce. C’est ce geste, simple mais souvent oublié, qui fait toute la différence de texture.
Laissez aussi la tomate bien compoter avant d’ajouter la dakatine : c’est elle qui apporte l’acidité et l’humidité qui équilibrent le côté riche de la pâte d’arachide.
Chez Solange, on terminait toujours avec de la coriandre fraîche ciselée, et parfois quelques dés de tomate et d’oignon rouge crus par-dessus, pour un peu de croquant face à cette sauce si onctueuse.
Avec quoi déguster mon rougail dakatine ?
Chez Solange, il accompagnait presque toujours un plat en sauce, jamais servi seul. Quelques idées pour varier :
- Avec un cari bien parfumé, pour twister le riz du dimanche : un cari thon qui change du poulet.
- Avec un rougail plus consistant en accompagnement : le rougail de saucisses, toujours aussi demandé.
- En base pour comprendre la famille des sauces réunionnaises : le geste du roussi, expliqué pas à pas.
Oui, sans problème. Il se garde 2 à 3 jours au réfrigérateur dans un récipient hermétique, et le goût a même tendance à se bonifier après quelques heures de repos.
Oui, n’importe quelle pâte d’arachide pure fonctionne. Vérifiez juste qu’elle n’est pas sucrée, sinon l’équilibre du plat change complètement.
Ça dépend entièrement de vous : la quantité de piment n’est pas figée. Commencez avec un seul piment si vous n’êtes pas habitué, vous pourrez toujours en ajouter.
C’est presque toujours parce que la Dakatine a été versée directement dans la casserole chaude. Diluez-la toujours à part, dans un peu d’eau tiède, jusqu’à obtenir une pâte lisse avant de l’incorporer.
Traditionnellement avec du riz blanc et un cari, mais il est tout aussi bon avec des grillades, ou simplement tartiné sur un morceau de pain.
C’est possible mais pas idéal : la pâte d’arachide a tendance à se séparer une fois décongelée. Mieux vaut le préparer frais, ou congeler la base tomate-oignon seule et n’ajouter la dakatine qu’au moment de réchauffer.
Le mot de la fin : une sauce toute simple, mais qui porte le nom d’une marque de Strasbourg sans que personne ici n’y pense jamais. Chez moi, ça reste et ça restera toujours de la dakatine, tout court.


