Bouillon de brèdes mouroungue (moringa) : la vraie recette de la Réunion
Chez moi, quand j’étais petite, il y avait des soirs où ma mère ouvrait le frigo, soupirait, et allait plutôt cueillir dans le jardin. Le pied de mouroungue poussait tout seul derrière la buanderie, personne ne l’arrosait jamais, et pourtant il donnait des feuilles toute l’année.
Chantal en cueillait une pleine brassée, les jetait dans une bassine, et vingt minutes plus tard on avait un bouillon fumant sur la table. Je me souviens l’avoir entendue dire, un peu gênée, que c’était « la brède de fin de mois ». J’ai mis des années à comprendre pourquoi.
D’où vient le nom « brède fin de mois » ?
Le mouroungue, qu’on appelle aussi moringa, n’est pas né à la Réunion. L’arbre vient d’Inde et du Sri Lanka, et il s’est acclimaté sur l’île au point de pousser presque tout seul dans les jardins créoles, sans grand soin. C’est sûrement pour ça qu’on l’a surnommé « brède fin de mois » par chez nous : quand le porte-monnaie était serré, il y avait toujours cette feuille gratuite qui repartait dans la cour.
On l’appelle aussi « brède médaille », et ma grand-mère la considérait comme un vrai remède de famille : elle jurait que ça faisait du bien à la tension. Je ne suis pas médecin et je ne vous promets rien de ce côté-là, mais je peux vous dire que c’est un bouillon qui a nourri des générations de familles réunionnaises sans jamais coûter cher.
Bouillon de brèdes mouroungue, la recette
Bouillon de brèdes mouroungue, la recette de fin de mois
Difficulté : Facile4
personnes15
minutes10
minutesIngrédients
2 bouquets de brèdes mouroungue, effeuillées, lavées et égouttées
1 oignon, émincé finement
3 gousses d'ail, écrasées
2 cm de gingembre frais, écrasé ou râpé
1 petit piment (oiseau ou cabri, facultatif selon votre goût)
3 cuillères à soupe d'huile
1 litre d'eau
Sel
Instructions
- Triez les brèdes mouroungue : effeuillez, retirez les tiges trop dures, lavez et égouttez.
- Émincez l'oignon. Écrasez ensemble l'ail, le gingembre et le piment au mortier, avec une pincée de sel.
- Chauffez l'huile dans une marmite, faites revenir doucement l'oignon puis ajoutez le pilé. Laissez roussir 2 minutes sans brûler.
- Versez l'eau, portez à ébullition et salez.
- Ajoutez les brèdes mouroungue, couvrez et laissez cuire 8 à 10 minutes après la reprise de l'ébullition.
- Servez chaud, avec du riz, des grains, et pourquoi pas une sardine et un rougail.
Mes conseils pour un bouillon de brèdes mouroungue réussi
La première fois que j’ai voulu épater quelqu’un à Lyon avec ce bouillon, je l’ai laissé cuire beaucoup trop longtemps, par réflexe, comme pour une soupe classique. Résultat : les feuilles étaient devenues grises et un peu amères, plus rien à voir avec le goût frais que je connaissais chez Chantal. Les feuilles de mouroungue cuisent vite, comptez huit à dix minutes après l’ébullition, pas plus. Passé ce temps, elles perdent leur belle couleur et une bonne partie de leur croquant.
Pour le fond du bouillon, je pile toujours l’ail, le gingembre et le piment ensemble au mortier plutôt que de les hacher au couteau. Ça les écrase en profondeur et ça libère beaucoup plus d’arôme dans l’huile chaude qu’une simple découpe. C’est un geste tout bête, mais il change vraiment le goût final.
Autre chose que Chantal m’a apprise : on sale le bouillon lui-même, jamais les feuilles directement. Sinon elles rendent trop d’eau et ramollissent plus vite qu’elles ne devraient.
Avec quoi servir votre bouillon de brèdes mouroungue ?
Chez nous, ce bouillon ne se mange jamais tout seul. On le sert avec du riz blanc, des grains, une sardine grillée si on en a sous la main, et surtout un bon rougail pour relever le tout. Si vous voulez garder ça simple un soir de semaine, un condiment tomate-piment prêt en quelques minutes fait parfaitement l’affaire, sans vous demander d’efforts.
Le bouillon de brèdes mouroungue, une porte d’entrée vers les autres brèdes réunionnaises
Si le mouroungue vous a donné le goût des légumes-feuilles réunionnais, ne vous arrêtez pas là. J’ai aussi ma fricassée de brèdes chouchou, plus riche, où le tri des feuilles demande un peu plus de patience mais où le résultat est tout aussi réconfortant.
Il se garde deux jours au réfrigérateur dans un contenant hermétique. Réchauffez-le doucement, sans le refaire bouillir longtemps, pour ne pas ramollir davantage les feuilles.
Sur l’île, on les trouve sur les marchés forains ou dans son propre jardin si on a la chance d’avoir un pied de mouroungue. En métropole, cherchez du côté des épiceries antillaises, africaines ou asiatiques, parfois sous le nom moringa, fraîches ou surgelées.
Oui, sans problème. La brède chouchou ou le cresson fonctionnent bien en dépannage, avec un temps de cuisson à ajuster selon la tendreté des feuilles.
Ce bouillon, je ne le cuisine jamais pour impressionner. Je le fais les soirs où j’ai envie de retrouver le jardin de mon enfance, même à des milliers de kilomètres de la Réunion. Et chaque fois, je repense à Chantal et à sa brède gratuite qui nous a nourris plus souvent qu’on ne le dit.
Rédigé avec passion et authenticité par Jade, Réunissons la cuisine du monde.


