Bouchons réunionnais : la vraie recette au porc et au combava, à la vapeur (974)
On soulève le couvercle du panier vapeur, un nuage chaud s’échappe, et ils sont là, serrés les uns contre les autres : de petits cylindres de pâte fine et brillante, ouverts sur le dessus, avec leur farce de porc dorée parsemée de vert. On en attrape un avec les doigts en se brûlant un peu, on le trempe dans la sauce soja pimentée, et d’un coup, c’est le parfum du combava qui éclate. C’est ça, un bouchon réunionnais.
À La Réunion, on en mange partout : à l’apéritif, au camion-bar, en sandwich, au goûter des lycéens. Et en métropole, c’est souvent la première chose qui manque. Faire ses bouchons maison n’a rien de sorcier, même si le pliage impressionne la première fois. Voici ma recette, au porc et au combava, avec le bon temps de cuisson, que les recettes en ligne ne donnent jamais pareil, et tout ce qu’il faut savoir sur la pâte, la sauce et les bouchons surgelés.
En bref : 45 minutes de préparation pour une trentaine de bouchons, 15 minutes de vapeur. Mes secrets : de l’échine hachée plutôt que de la chair à saucisse, le zeste d’un combava entier, une farce bien pétrie, et le dessus toujours ouvert. Aller directement à la recette
Le bouchon de La Réunion, un héritage sino-créole (974)
Le bouchon descend du siu mai, une bouchée vapeur de la cuisine cantonaise, arrivée sur l’île de La Réunion avec les immigrés chinois au XIXe siècle. Au fil des générations, la recette s’est créolisée : le zeste de combava, les oignons verts et la sauce soja claire, que beaucoup appellent ici le « siave », en ont fait une spécialité bien à nous. Son nom viendrait tout simplement de sa forme, qui rappelle celle d’un bouchon.
Aujourd’hui, le bouchon fait partie du quotidien de l’île, au même titre que les samoussas et les bonbons piments. On l’achète par dizaines au snack, on le glisse dans une baguette, on le sert à toutes les fêtes. Ceux qui ont quitté l’île le cherchent partout, et c’est souvent la recette qu’on apprend en premier pour retrouver le goût de chez nous.
Ma recette des bouchons réunionnais au porc et combava
Bouchons réunionnais porc combava
Plat : ApéritifDifficulté : Moyenne30
bouchons45
minutes15
minutesLes bouchons réunionnais au porc et au combava : une farce de porc haché parfumée au zeste de combava, aux oignons verts, à l'ail, au gingembre et à la sauce soja, enveloppée dans une feuille de pâte won ton ouverte sur le dessus et cuite à la vapeur. À servir avec sauce soja et piment.
Ingrédients
500 g d’échine de porc hachée
1 combava (le zeste)
5 oignons verts (la partie verte et blanche)
2 gousses d'ail
2 cm de gingembre frais
2 cuillères à soupe de sauce soja claire
1 cuillère à soupe de fécule de manioc (ou de maïzena)
½ cuillère à café de sel et du poivre
30 feuilles de pâte won ton (environ 1 paquet), carrées
Instructions
- Préparez la farce : râpez le zeste du combava, ciselez finement les oignons verts, pilez l'ail et le gingembre. Mélangez-les avec le porc haché, la sauce soja, la fécule, le sel et le poivre, et pétrissez 2 minutes à la main, jusqu'à ce que la farce devienne collante.
- Garnissez chaque feuille de pâte won ton d'une grosse cuillère à café de farce, au centre.
- Formez les bouchons : remontez les bords de la feuille autour de la farce en la tenant entre le pouce et l'index, puis serrez légèrement pour former un petit cylindre, en laissant le dessus ouvert.
- Disposez les bouchons dans le panier du cuit-vapeur, sur du papier cuisson percé ou des feuilles de chou, sans qu'ils se touchent.
- Faites cuire 15 minutes à la vapeur, sur une eau qui bout franchement, jusqu'à ce que la farce soit cuite à cœur : elle ne doit plus être rose, et le jus doit être clair.
- Servez aussitôt, bien chauds, avec de la sauce soja et du piment.
Notes
- Pour un pliage plus facile, placez les bouchons formés 30 minutes au congélateur avant la cuisson : ils se tiennent mieux.
- Surgelés, ils se cuisent directement à la vapeur, sans décongélation, 20 minutes.
- Pour 4 personnes, comptez 6 à 8 bouchons chacun en repas, 3 ou 4 à l'apéritif.
La farce : mes trois choix pour un vrai bouchon
La farce, c’est l’âme du bouchon. Trois choix font toute la différence, et ce sont justement ceux sur lesquels les recettes se contredisent.
Échine hachée ou chair à saucisse ?
Beaucoup de recettes partent de chair à saucisse, parce qu’elle est pratique. Je la déconseille : elle est déjà salée et assaisonnée, souvent grasse, et la farce devient trop salée avec la sauce soja.
Je prends de l’échine de porc hachée, demandée au boucher ou hachée à la maison : elle a juste ce qu’il faut de gras pour rester moelleuse, et un goût franc de viande. Si vous n’avez que de la chair à saucisse, ça marche aussi, à condition de supprimer le sel de la recette.
Le combava, la signature de l’île
Le combava, ce petit agrume vert à la peau bosselée, est ce qui distingue le bouchon de l’île de son cousin chinois. On n’en utilise que le zeste, râpé très finement, sans le blanc qui est amer. Son parfum est puissant, à la fois citronné, floral et légèrement poivré. Un combava entier pour 500 g de viande, c’est ma dose : on le sent sans qu’il écrase tout.
En métropole, on le trouve en épicerie asiatique, souvent surgelé ; à défaut, le zeste d’un citron vert et deux feuilles de combava finement ciselées s’en approchent.
Je pétris la farce, vraiment
C’est le geste que les débutants oublient. Je pétris la farce deux bonnes minutes à la main, comme une pâte, jusqu’à ce qu’elle devienne collante et qu’elle se tienne. La fécule de manioc et le pétrissage lient la viande : à la cuisson, la farce reste en un bloc moelleux, au lieu de s’émietter dans la pâte.
Comment plier un bouchon ? Mon geste, pas à pas
Le pliage fait peur, mais il est bien plus simple qu’un samoussa. La première fois, mes bouchons ressemblaient à de petits paquets cabossés ; à la dixième, j’avais le geste. Voici comment je fais :
- Je pose une feuille de pâte won ton à plat dans le creux de ma main, et une grosse cuillère à café de farce au centre. Pas plus : trop garnis, les bouchons s’ouvrent à la cuisson.
- Je referme la main en cercle entre le pouce et l’index, pour faire remonter les bords de la feuille autour de la farce, comme une petite corolle.
- Je serre doucement la taille du bouchon pour lui donner sa forme de cylindre, en tassant la farce avec le dos d’une cuillère mouillée.
- Je laisse le dessus ouvert, la farce bien visible : c’est la forme traditionnelle, et c’est ce qui permet de voir la cuisson.
- Je pose le bouchon bien à plat en appuyant légèrement, pour qu’il tienne debout dans le panier.
Gardez les feuilles sous un torchon humide pendant le pliage : à l’air, elles sèchent et se cassent. Et si vous avez le temps, une demi-heure au congélateur avant la cuisson raffermit les bouchons, qui gardent mieux leur forme.
Ma pâte à bouchons : won ton, maison ou sans pâte
À La Réunion, on utilise surtout des feuilles de pâte won ton, vendues carrées en épicerie asiatique, au rayon frais ou surgelé. Fines, souples, elles deviennent translucides et fondantes à la vapeur. C’est ce que je vous conseille pour commencer.
Pour une pâte maison, je mélange 300 g de farine, 130 ml d’eau, un œuf et une pincée de sel, je pétris jusqu’à une pâte lisse, et je la laisse reposer 30 minutes sous un film. Je l’étale ensuite très finement, à 1 mm, et je découpe des carrés de 8 à 10 cm. C’est plus long, mais la pâte est plus épaisse et plus moelleuse, comme dans certains snacks.
Il existe enfin une version sans pâte, à l’ancienne : on forme des boulettes de farce, qu’on trempe successivement dans l’eau puis dans la farine, trois fois, pour créer une fine enveloppe, avant de les cuire. C’est rustique, mais délicieux, et pratique si vous n’avez pas de feuilles won ton.
Combien de temps cuire les bouchons à la vapeur ? Mes repères
C’est la question où l’on trouve tout et son contraire en ligne, de 7 à plus de 20 minutes. La bonne réponse dépend de la taille du bouchon et de son point de départ. Voici mes repères, sur une eau qui bout franchement :
| Bouchons | Temps à la vapeur | Comment savoir si c’est cuit |
|---|---|---|
| Frais, petits (2 à 3 cm) | 12 à 15 minutes | Farce ferme, plus du tout rose, jus clair |
| Frais, gros (4 cm et plus) | 18 à 20 minutes | Coupez-en un : le centre doit être cuit |
| Surgelés, faits maison ou achetés | 20 minutes, sans décongeler | Même contrôle : aucun rose au centre |
Comme pour toute viande de porc hachée, la farce doit être cuite à cœur : coupez toujours un bouchon pour vérifier avant de servir. Pas de cuit-vapeur ? Un panier en bambou posé sur un wok, une passoire métallique sur une casserole couverte, ou le haut d’un couscoussier font très bien l’affaire. Posez les bouchons sur du papier cuisson percé ou sur des feuilles de chou, pour qu’ils n’attachent pas.
Frits, au air fryer, réchauffés
Les bouchons se mangent aussi frits : je les cuis d’abord à la vapeur, puis je les plonge 2 à 3 minutes dans une huile à 170 °C, jusqu’à ce que la pâte soit dorée et croustillante. Au air fryer, je badigeonne de quelques gouttes d’huile des bouchons déjà cuits à la vapeur, et je compte 6 à 8 minutes à 200 °C.
Pour les réchauffer, rien ne vaut la vapeur, 5 minutes : ils retrouvent leur moelleux. Le micro-ondes les dessèche, sauf avec un bol d’eau à côté et une assiette par-dessus.
Quelle sauce pour un bouchon réunionnais ? Mes préférées
Le bouchon a sa sauce, et elle est très simple. Voici ce qu’on sert à La Réunion, et quelques autres idées :
- La sauce soja et le piment : le grand classique. Un bol de sauce soja claire, et à côté un piment rouge chinois, ou une sauce piment façon sriracha. Chacun dose son mélange.
- La sauce soja relevée maison : 4 cuillères à soupe de sauce soja, une cuillère à café de vinaigre de riz, un trait d’huile de sésame, une demi-gousse d’ail râpée et une pointe de pâte de piment.
- La sauce aigre-douce ou à la prune, pour ceux qui n’aiment pas le piment. Je donne ma recette d’aigre-douce et de soja-miel dans mon guide des sauces pour samoussa, elles vont aussi très bien avec les bouchons.
Le pain bouchon, le sandwich culte des camions-bars
Impossible de parler des bouchons sans parler du pain bouchon. Au camion-bar, on ouvre une baguette, on y aligne quatre ou cinq bouchons tout chauds, on les écrase légèrement, on arrose de sauce soja et de piment, et parfois de fromage râpé qu’on passe sous le gril : c’est le pain bouchon gratiné. Certains y ajoutent des frites, façon « américain », le sandwich garni de frites cher aux snacks de l’île.
À la maison, je coupe une demi-baguette bien croustillante, je la garnis de bouchons cuits à la vapeur, d’un filet de sauce soja et de piment, d’une poignée de fromage râpé, et je passe le tout trois minutes sous le gril du four. C’est simple, c’est copieux, et c’est le goût du snack de quartier.
Mes bouchons au poulet, aux crevettes ou végétariens
Le porc est la version la plus traditionnelle, mais la recette s’adapte facilement :
- Bouchons au poulet : 500 g de blancs ou de hauts de cuisse hachés, avec le même assaisonnement. Ajoutez une cuillère à soupe d’huile à la farce : le poulet est plus maigre et sèche vite.
- Bouchons aux crevettes : moitié porc, moitié crevettes crues hachées grossièrement, pour une farce plus fine et légèrement iodée. 12 minutes de vapeur suffisent.
- Bouchons végétariens : du tofu ferme émietté, des champignons hachés et revenus, des carottes râpées et du chou, liés par la fécule et assaisonnés de combava et de soja.
Beaucoup de bouchons du commerce contiennent aussi du glutamate, qu’on appelle ici le « vetsin ». Je n’en mets jamais : avec le combava, le gingembre et la sauce soja, la farce a déjà tout le goût qu’il faut.
Bouchons surgelés : où les acheter, comment les cuire
Pas le temps d’en faire ? En métropole, on trouve des bouchons réunionnais surgelés chez certains spécialistes du surgelé et dans quelques grandes surfaces, au rayon produits du monde, selon les magasins, ainsi que dans les épiceries asiatiques et créoles et sur les sites de produits de l’île. Ils se cuisent comme les bouchons maison : directement à la vapeur, sans décongélation, 20 minutes, en vérifiant que le centre est bien chaud et cuit.
Et pour avoir les vôtres sous la main, faites-en une grande quantité : je congèle mes bouchons crus, à plat sur une plaque, puis en sachets une fois durs. Ils se gardent 3 mois. Une seule règle : utilisez une viande fraîche, jamais décongelée, et ne recongelez pas des bouchons décongelés.
Vos questions sur les bouchons réunionnais
Une farce de porc haché (échine) parfumée au zeste de combava, aux oignons verts, à l’ail, au gingembre et à la sauce soja, liée à la fécule, enveloppée dans une feuille de pâte won ton ouverte sur le dessus et cuite 15 minutes à la vapeur.
12 à 15 minutes pour des bouchons frais de 2 à 3 cm, 18 à 20 minutes pour des gros, 20 minutes pour des surgelés, sans décongeler. La farce doit être cuite à cœur, sans trace de rose.
Des feuilles de pâte won ton carrées, en épicerie asiatique. On peut aussi faire une pâte maison avec 300 g de farine, 130 ml d’eau, un œuf et une pincée de sel, étalée très finement.
De la sauce soja claire et du piment chinois, le grand classique de La Réunion. Une sauce aigre-douce ou à la prune convient à ceux qui n’aiment pas le piment.
Oui, crus, à plat puis en sachets, jusqu’à 3 mois, à condition d’utiliser une viande fraîche. Ils se cuisent ensuite directement à la vapeur, 20 minutes.
3 ou 4 à l’apéritif avec d’autres amuse-bouches, 6 à 8 en repas, avec du riz ou en pain bouchon.
Le mot de la fin : faire ses bouchons, c’est une heure de travail pour un vrai moment de bonheur. Une farce bien pétrie au combava, un pliage qui vient vite, quinze minutes de vapeur, et un bol de sauce soja pimentée : vous retrouverez le goût du camion-bar dans votre cuisine. Et faites-en toujours plus que prévu, ils partent toujours plus vite qu’on ne le pense.
Et vous, vos bouchons, plutôt nature, frits ou en pain bouchon ? Dites-le-moi en commentaire.
Vous en voulez plus ? Découvrez mes samoussas de La Réunion, mes bonbons piments et toutes mes entrées de l’île.


