Bonbons piments réunionnais : la recette de maman
Malgré leur nom, les bonbons piments n’ont rien de sucré : ce sont de petits beignets de pois du Cap, relevés d’oignon vert, de gingembre, de piment et de curcuma, croustillants dehors et moelleux dedans. À La Réunion, ils arrivent chauds sur la table de l’apéritif, avec le punch, et disparaissent avant qu’on ait eu le temps de s’asseoir.
La recette qui suit est celle de ma maman, et je vous la donne telle quelle. Je vais être honnête : si vous vous lancez pour la première fois, vous avez sans doute une crainte, les voir se défaire dans l’huile. C’est l’écueil le plus fréquent, et il a presque toujours une cause simple. Je vous accompagne pas à pas, de la veille, quand les pois trempent, jusqu’au moment de servir.
En bref : les pois trempent la veille, puis 40 minutes de préparation et 20 minutes de friture pour une trentaine de bonbons. Mon secret : des pois bien égouttés, mixés sans eau, et une huile autour de 160 °C. Aller directement à la recette
D’où viennent les bonbons piments de La Réunion (974) ?
Ils sont les cousins réunionnais des vadai du sud de l’Inde, des beignets de légumineuses mixées et épicées, parfois percés au centre. On les rattache à la cuisine apportée par les engagés indiens, que l’île de La Réunion a faite sienne avec le pois du Cap, le curcuma et l’oignon vert.
À Maurice, leurs voisins s’appellent gâteaux piments et se préparent plutôt avec des pois cassés jaunes : plus petits, plus ronds, souvent sans trou. Et si vous voyez « bonbon piment 974 », c’est le numéro du département, que les Réunionnais aiment glisser dans le nom de leurs recettes.
Ma recette des bonbons piments réunionnais
Bonbons piments réunionnais
Plat : ApéritifDifficulté : Moyenne6 à 8
personnes40
minutes20
minutesLes bonbons piments réunionnais : des beignets salés de pois du Cap mixés avec oignon vert, gingembre, piment, curcuma et cumin, frits jusqu'à être croustillants. Le classique de l'apéritif créole.
Ingrédients
250 g de pois du Cap secs (ou de gros haricots blancs plats)
1 botte d'oignons verts (5 ou 6 tiges), ciselés très finement
1 morceau de gingembre frais de 2 cm
3 piments verts (plus ou moins selon votre goût)
1 cuillère à café de curcuma
2 cuillères à café de cumin en poudre
1 cuillère à café de sel
Huile de friture
Instructions
- La veille, faites tremper les pois dans un grand volume d'eau froide, 12 à 24 heures : ils doublent de volume.
- Retirez la peau des pois en les frottant entre vos mains dans l'eau : une bonne partie des peaux remonte à la surface ; retirez les autres à la main. Jetez l'eau de trempage et égouttez soigneusement les pois.
- Mixez les pois par petites quantités, sans ajouter d'eau, jusqu'à obtenir une pâte fine et compacte qui se tient quand on la presse dans la main.
- Pilez le gingembre, le piment et le sel au mortier, puis mélangez-les à la pâte avec les oignons verts, le curcuma et le cumin. Pétrissez bien.
- Laissez reposer la pâte 30 minutes au réfrigérateur : elle se raffermit et se façonne plus facilement.
- Façonnez des boules de la taille d'une noix (environ 20 g), les mains légèrement huilées. Aplatissez-les en palets d'environ 4 cm de diamètre et 1 cm d'épaisseur, et percez le centre avec le petit doigt.
- Faites frire dans l'huile, autour de 160 °C, par petites quantités, 4 à 5 minutes en les retournant, jusqu'à ce qu'ils soient bien dorés. Commencez par un seul bonbon pour tester la tenue. Égouttez sur du papier absorbant et servez chaud.
Notes
- Le trempage est obligatoire et ne se raccourcit pas : comptez-le dans votre organisation.
- Si le bonbon test se défait dans l'huile, ajoutez 1 cuillère à soupe de fécule de manioc ou de farine à la pâte.
- Les bonbons se congèlent crus ou cuits : voir la conservation plus bas.
Avant de commencer : les pois et le matériel
Le pois du Cap, un haricot de Lima gros et plat, est le pois traditionnel des bonbons piments réunionnais. On le trouve dans les épiceries exotiques ou en ligne. À défaut, voici ce que je vous conseille :
| Légumineuse | Résultat |
|---|---|
| Pois du Cap | La référence : pâte fine et liante, goût doux |
| Gros haricots blancs plats | Le plus proche du pois du Cap |
| Pois cassés jaunes | La version mauricienne : déjà sans peau, texture plus granuleuse |
| Pois chiches | Fonctionnent, mais le goût se rapproche du falafel |
Partez toujours de légumineuses sèches à faire tremper : les conserves, déjà cuites et gorgées d’eau, donnent une purée qui ne tient pas à la friture. Côté matériel, il vous faut un robot hachoir assez puissant (un mixeur plongeant peine sur une pâte aussi épaisse), un mortier pour le gingembre et le piment, une casserole profonde ou une friteuse, et si possible un thermomètre de cuisson.
Votre organisation, de la veille à l’apéritif
La recette s’étale sur deux jours, mais elle demande très peu de travail à chaque fois. Voici comment je m’organise :
- La veille au soir (5 minutes) : les pois dans un grand saladier d’eau froide. C’est tout.
- Le jour J, 1 h 30 avant l’apéritif : je retire les peaux (le plus long, un quart d’heure), j’égoutte, je mixe, j’assaisonne. La pâte part 30 minutes au frais.
- 30 minutes avant de servir : je façonne et je fais frire par petites fournées.
- Pour recevoir sans stress : la pâte se prépare la veille, et les bonbons façonnés se congèlent crus. Il ne reste plus que la friture le jour même.
Mes conseils, geste par geste
Chaque étape a une raison. Une fois que vous la connaissez, vous saurez adapter la pâte à vos pois, au lieu de suivre la recette à l’aveugle.
Je fais tremper les pois 12 heures au minimum. Ils se réhydratent et se ramollissent : sans cela, ils se mixent mal et restent durs. Comme toutes les légumineuses, ils ne se mangent jamais crus : trempage, eau jetée, puis cuisson complète dans l’huile.
Je retire la peau. Elle ne se mixe pas, laisse des fibres dures sous la dent et empêche la pâte de se lier. En frottant les pois entre les mains dans l’eau, une bonne partie des peaux remonte à la surface, vous verrez, ça va plus vite qu’on ne le croit.
J’égoutte bien et je mixe sans eau. C’est le geste qui décide de tout : l’eau en trop rend la pâte collante, et elle se délite dans l’huile. Je mixe par petites quantités en raclant les parois, plutôt que d’ajouter du liquide. La bonne pâte se tient en boule quand on la presse, comme une pâte à modeler un peu humide.
Je cisèle l’oignon vert très fin, et je laisse reposer au frais. En gros morceaux, l’oignon rend de l’eau et crée des points faibles où le bonbon se casse. Le repos raffermit la pâte : elle se façonne mieux et tient mieux à la friture.
Je perce le centre, et je fais frire autour de 160 °C, par petites fournées. Le trou permet à la chaleur d’atteindre le cœur : le bonbon cuit partout en même temps. Trop froide, l’huile imbibe la pâte, qui se défait ; trop chaude, le bonbon fonce avant d’être cuit au centre. Sans thermomètre, un petit morceau de pâte doit grésiller tout de suite et remonter à la surface.
Comment faire tenir les bonbons piments à la cuisson ?
Votre premier bonbon s’est défait ? Pas de panique, la pâte se rattrape presque toujours. Repérez ce qui se passe, la cause et le remède suivent :
| Ce qui se passe | Cause probable | Remède |
|---|---|---|
| La pâte colle aux doigts | Trop d’eau : pois mal égouttés ou eau ajoutée au mixage | 1 à 2 cuillères à soupe de fécule de manioc ou de farine, puis 30 min au frais |
| Le bonbon s’émiette en le façonnant | Pâte trop grossière, ou trop sèche | Mixer encore, plus finement ; si elle reste sèche, une cuillère d’eau, pas plus |
| Il se défait dès qu’il touche l’huile | Huile pas assez chaude | Attendre que l’huile atteigne 160 °C ; tester avec un petit morceau |
| Il se casse en morceaux en cuisant | Oignon vert trop gros, pâte pas assez pétrie | Ciseler plus fin, pétrir la pâte quelques minutes |
| Il s’ouvre en le retournant | Retourné trop tôt | Attendre que la première face soit dorée et ferme |
Les liants de secours. Une cuillère à soupe de fécule de manioc, de maïs ou de farine raffermit une pâte trop molle. Une demi-banane écrasée lie très bien aussi, avec une petite note sucrée. Et l’astuce de ma maman : une heure au congélateur avant la friture. Les bonbons façonnés se figent et entrent dans l’huile bien fermes, sans s’effriter.
Mon conseil : faites toujours frire un seul bonbon test. S’il tient, lancez la suite ; s’il se défait, corrigez la pâte avant d’en perdre d’autres.
Les autres erreurs (et comment les rattraper)
La tenue n’est pas le seul souci possible. Voici les autres cas, et ce que je fais :
- Ils sont gras : l’huile n’était pas assez chaude, ou trop de bonbons à la fois. Égouttez-les longuement, et laissez l’huile remonter en température entre deux fournées.
- Dorés mais crus au centre : l’huile était trop chaude, ou les bonbons trop épais. Finissez-les 5 minutes au four à 180 °C.
- Ils sont durs : pois pas assez trempés, ou pâte trop sèche. La prochaine fois, 24 heures de trempage.
- Ils sont fades : le sel manque presque toujours. Faites frire un petit morceau de pâte et goûtez-le avant de tout façonner (jamais la pâte crue).
Les variantes que je vous propose
La recette de ma maman se suffit à elle-même, mais voici les versions qu’on croise souvent, si vous voulez varier :
- Aux herbes : une petite poignée de coriandre fraîche, ou quelques feuilles de caloupilé hachées, pour un parfum plus indien.
- À l’ail : beaucoup de familles ajoutent 2 gousses d’ail pilées avec le gingembre.
- Plus doux ou plus relevés : épépinez les piments, ou au contraire ajoutez des piments oiseaux, ou servez de la pâte de piment à côté.
Au four ? C’est possible, avec un résultat moins croustillant, plus proche d’une galette : sur une plaque huilée, à 200 °C une vingtaine de minutes, en les retournant à mi-cuisson. À la friteuse à air, comptez une douzaine de minutes à 190-200 °C, légèrement huilés, en surveillant la cuisson au centre.
Avec quoi servir les bonbons piments ?
Je les sers chauds ou tièdes, à l’apéritif, avec un punch planteur ou un punch coco. Ils vont très bien avec les autres fritures de l’apéritif, samoussas et piments farcis, avec un bol de chips de banane verte pour le croustillant, et avec un rougail froid à poser dessus, comme le rougail tomates ou le rougail mangue verte.
Combien en prévoir ? Comptez 4 à 5 bonbons par personne : la recette en donne une trentaine, pour 6 à 8 personnes. Pour 20 personnes, je multiplie les quantités par 3 (750 g de pois secs, environ 90 bonbons).
Préparer à l’avance, congeler, conserver
Marine nous a demandé en commentaire si l’on pouvait congeler les bonbons crus : merci pour la question ! La réponse est oui, crus comme cuits.
Crus, je les façonne, je les pose sans qu’ils se touchent sur une plaque, au congélateur, puis je les range en sac une fois durs. Ces bonbons piments surgelés se gardent environ 3 mois, et se font frire directement sans décongeler, à 160 °C, 1 à 2 minutes de plus, en vérifiant que le centre est bien cuit.
Cuits, ils se congèlent de la même façon et se réchauffent au four à 180 °C une dizaine de minutes : ils redeviennent croustillants, alors que le micro-ondes les ramollit. Au réfrigérateur, la pâte crue se garde 24 heures, bien filmée, et les bonbons cuits 2 jours.
Vos questions sur les bonbons piments
Égouttez bien les pois, mixez-les sans eau en une pâte fine, laissez-la reposer 30 minutes au frais et faites frire autour de 160 °C. Si la pâte reste trop molle, ajoutez 1 cuillère à soupe de fécule de manioc ou de farine. Testez toujours un premier bonbon.
Oui. Congelez-les façonnés sur une plaque, puis en sac. Faites-les frire sans décongeler, à 160 °C, un peu plus longtemps, en vérifiant la cuisson à cœur.
Pour que la chaleur atteigne le centre : le bonbon cuit uniformément, sans brûler dehors en restant cru dedans.
Oui, par de gros haricots blancs plats, des pois cassés jaunes (version mauricienne) ou des pois chiches. Toujours secs et trempés, jamais en conserve.
Oui, au four à 200 °C une vingtaine de minutes ou à la friteuse à air, légèrement huilés. Ils sont moins croustillants que frits.
Ça dépend de vous : avec 3 piments verts pour 250 g de pois, la chaleur reste en général modérée. Épépinez-les pour adoucir, ou ajoutez des piments oiseaux pour corser.
Le mot de la fin : les bonbons piments ne sont pas difficiles, ils sont exigeants sur un seul point, la pâte. Égouttez, mixez sans eau, laissez reposer, testez un premier bonbon, et le reste suit.
Et si les vôtres vous ont résisté, racontez-moi en commentaire ce qui s’est passé : on cherchera ensemble ce qui a coincé.
Vous en voulez plus ? Parcourez mes entrées et apéritifs réunionnais, dont mes bouchons à la vapeur, et pour accompagner vos samoussas et vos bonbons, mes idées de sauces et accompagnements.



2 commentaires
Marine
Merci pour cette recette … moi même réunionnaise ☺️
Peut on congeler les bonbons piments crus ?
Merci pour votre réponse!
Marine
Jade
Merci Marine ! Oui, crus : congelez-les façonnés sur une plaque, puis en sac, et faites-les frire sans les décongeler, autour de 160 °C, un peu plus longtemps, en vérifiant que le centre est bien cuit.