Cari de poulet réunionnais (carry poulet 974) : ma recette pas à pas
Parmi tous les caris de l’île, le cari de poulet est le plus courant. On le cuisine le midi en semaine comme pour les grandes tablées du dimanche, et quand la marmite mijote, toute la maison sent le curcuma, le gingembre et l’oignon roussi.
Je vais être honnête : sur le papier, le cari poulet tient en dix ingrédients et une marmite. Mais entre un cari moyen et un cari qu’on ressert deux fois, il y a trois gestes que les recettes oublient souvent. Je vous montre comment je m’y prends, et pourquoi, pour que votre carry poulet soit réussi dès la première fois.
En bref : un poulet de 1,5 kg pour 4 à 6 personnes, un quart d’heure de préparation, une heure de cuisson. Mon secret : dorer le poulet, laisser vraiment roussir les oignons, et finir à découvert pour que la sauce nappe. Aller directement à la recette
Le cari poulet 974, plat du quotidien de l’île de La Réunion
Cari, carry ou cary : c’est le même plat. Le mot vient du tamoul kari, et chaque famille l’écrit à sa façon. Mais le cari réunionnais n’est pas un curry indien : il ne contient pas de poudre de curry. Sa couleur dorée vient du curcuma, qu’on appelle là-bas safran péi, et son goût de l’oignon roussi, de l’ail et du gingembre pilés. Si vous n’avez plus de curcuma, voici par quoi le remplacer.
Si vous voyez « cari poulet 974 », c’est le numéro du département, que les Réunionnais aiment glisser dans le nom de leurs recettes. Sur l’île, on le cuisine souvent avec un poulet péi, élevé en plein air, à la chair plus ferme. En métropole, je prends un bon poulet fermier, ou simplement des hauts de cuisse.
Ma recette du cari de poulet réunionnais
Cari de poulet réunionnais
Plat : Plat principalDifficulté : Facile4 à 6
personnes15
minutes1
heureLe cari de poulet réunionnais : des morceaux de poulet dorés puis mijotés avec oignon roussi, ail, gingembre, curcuma et tomate, jusqu'à une sauce qui nappe. Servi avec du riz, des grains et un rougail.
Ingrédients
1 poulet de 1,5 kg, découpé en 10 à 12 morceaux (ou 1,2 kg de hauts de cuisse)
3 tomates bien mûres, en petits dés
2 gros oignons, émincés
4 gousses d'ail
1 morceau de gingembre frais de 2 cm
1 cuillère à café rase de curcuma
2 branches de thym
3 cuillères à soupe d'huile
20 cl d'eau
Sel, poivre
2 ou 3 petits piments (facultatif)
Instructions
- Pilez l'ail et le gingembre au mortier avec une pincée de sel, jusqu'à obtenir une pâte (ou râpez-les finement).
- Faites dorer les morceaux de poulet, peau dessous, dans l'huile chaude d'une cocotte, en deux fois si elle est petite. Retirez-les quand ils sont bien colorés.
- Faites roussir les oignons dans la même cocotte, à feu moyen, 8 à 10 minutes, en grattant les sucs laissés par le poulet.
- Ajoutez la pâte d'ail et de gingembre, puis le curcuma : une minute en remuant, pas plus.
- Incorporez les tomates, le thym, le sel, le poivre et, si vous aimez pimenté, les petits piments entiers. Laissez compoter 5 minutes.
- Remettez le poulet et son jus, versez l'eau, couvrez et laissez mijoter 30 minutes à feu doux.
- Retirez le couvercle et laissez réduire encore 10 minutes, jusqu'à ce que la sauce nappe le poulet. Servez avec du riz blanc et des grains.
Notes
- Préférez les cuisses et hauts de cuisse : avec l'os et la peau, ils restent moelleux. Les blancs sans os sèchent s'ils mijotent 30 minutes.
- Avec un poulet fermier ou péi, à la chair plus ferme, prolongez le mijotage de 15 à 20 minutes.
- Le cari est encore meilleur réchauffé le lendemain, à feu doux.
Quels morceaux de poulet pour un cari ?
C’est le premier choix, et il décide de tout le reste. À La Réunion, on découpe généralement le poulet entier en petits morceaux, os compris : l’os et la peau donnent du corps à la sauce et gardent la chair moelleuse. Voici ce que je vous conseille, morceau par morceau :
| Morceau | Résultat | Mijotage |
|---|---|---|
| Poulet entier découpé | Le classique, sauce riche ; les blancs sur l’os restent un peu plus secs | 30 à 40 min |
| Hauts de cuisse, cuisses | Les plus moelleux, impossibles à rater | 30 à 40 min |
| Pilons | Pratiques à servir, un peu moins fondants | 30 à 35 min |
| Poulet fermier ou péi | Chair plus ferme et plus goûteuse | 45 min à 1 h |
| Blancs sans os, en cubes | Secs s’ils mijotent : à ajouter en fin de cuisson | 10 à 12 min |
Si vous débutez, je vous conseille les hauts de cuisse : ils pardonnent tout. Et je garde toujours la peau. Si vous la trouvez trop grasse, faites dorer le poulet avec, puis retirez une partie de la graisse de la cocotte avant les oignons : vous gardez les sucs, sans le gras.
Mes conseils, geste par geste
Chaque étape de la recette a une raison. La comprendre, c’est pouvoir l’adapter à votre poulet et à votre cocotte, au lieu de suivre les temps à l’aveugle.
Je pile l’ail et le gingembre avec le sel. Au mortier, ils deviennent une pâte qui fond dans la sauce et parfume tout le plat. Hachés au couteau, ils restent en petits morceaux. Pas de mortier ? J’utilise alors une râpe fine.
Je fais dorer le poulet peau dessous, sans surcharger la cocotte. La peau rend sa graisse et colore, et les sucs qui attachent au fond donneront son goût à la sauce. Si vous mettez trop de morceaux d’un coup, le poulet rend son eau et bout au lieu de dorer. Faites deux fournées.
Je laisse roussir les oignons dans la graisse du poulet. C’est le moment que les recettes pressées sautent, et c’est pourtant là que tout se joue. En brunissant, les oignons deviennent sucrés et décollent les sucs : c’est le « roussi », la base de tous les caris, que je détaille dans ma sauce cari. Comptez 8 à 10 minutes à feu moyen. Roussi, pas noir : brûlés, ils rendent la sauce amère.
Une minute pour l’ail et le curcuma, pas plus. Leurs arômes se libèrent dans la matière grasse, et vous le sentirez tout de suite. Au-delà, l’ail brûle et le curcuma devient âcre. Dès que ça sent bon, j’ajoute les tomates et je les laisse compoter cinq minutes avant de remettre le poulet.
Peu d’eau, feu doux, et je finis à découvert. Le poulet rend lui-même du jus : 20 cl d’eau suffisent. À gros bouillons, la chair se resserre et sèche. Les dix dernières minutes sans couvercle concentrent la sauce, qui vient napper les morceaux au lieu de baigner autour. C’est le signe que votre cari est prêt.
Les erreurs qui ratent un cari de poulet (et comment les rattraper)
Pas de panique, presque tout se rattrape. Voici les cas les plus courants, et ce que je fais :
- La sauce est trop liquide : retirez le couvercle et laissez réduire en remuant. Si le poulet est déjà cuit, sortez-le le temps que la sauce réduise.
- Le poulet est sec : des blancs qui ont trop mijoté, ou un feu trop fort. Pour ce soir, servez avec beaucoup de sauce ; la prochaine fois, des morceaux avec os et un feu doux.
- La sauce est pâle et fade : le poulet n’a pas assez doré ou les oignons pas assez roussi. Rectifiez le sel, laissez réduire, et retenez que le goût se fait dans les quinze premières minutes.
- Le cari est amer : l’ail ou le curcuma ont brûlé. Une tomate de plus adoucit un peu ; la prochaine fois, baissez le feu avant l’ail.
- Le cari est trop pimenté : retirez les piments entiers, ajoutez une tomate et un peu d’eau, et servez avec plus de riz.
- Le poulet est rosé près de l’os : prolongez la cuisson à couvert 5 à 10 minutes. Il est cuit quand la chair se détache de l’os et que le jus est clair, ou à 74 °C à cœur.
Cari, rougail ou curry : ce qui les distingue
Le cari est un plat mijoté autour du curcuma. Le rougail est à l’origine un condiment pimenté servi à côté, comme le rougail tomates. Les rougails cuisinés, comme le rougail saucisses, empruntent aux deux : ils mijotent comme un cari, mais misent sur la tomate et le piment.
Le carry mauricien, lui, ajoute de la poudre de curry. Chez nous, l’épice la plus proche du curry, c’est le massalé, celui du cabri massalé et du poulet massalé.
Les variantes que je vous propose
La recette de base est celle qu’on trouve sur toutes les tables de l’île. Une fois que vous l’avez en main, voici les versions que je vous propose d’essayer :
- Aux pommes de terre : en gros morceaux, avec l’eau, et 10 cl d’eau de plus, car elles boivent la sauce.
- Au poulet fumé : un poulet fumé entier, blanchi puis doré, pour un cari au goût de feu de bois. C’est un plat à part entière, avec ses propres temps de cuisson : voici mon cari poulet fumé.
- Au chouchou : en quartiers pour les 20 dernières minutes, avec moins d’eau, car il en rend beaucoup. Tout sur ce légume dans mon guide du chouchou.
- Au lait de coco : 20 cl à la place de l’eau, pour un poulet coco plus doux. Ma sauce coco part de la même base.
- Au combava : une feuille ciselée ou quelques zestes en fin de cuisson, pour une fraîcheur citronnée. Il est puissant, allez-y doucement.
- Sans tomate : la version qu’on dit plus ancienne, à la sauce plus courte et plus dorée. Ce sont alors les oignons bien roussis qui la lient.
Au Cookeo, je fais dorer et compoter couvercle ouvert, puis environ 15 minutes sous pression, et je réduis la sauce à la fin. Voyez aussi mon guide du Cookeo pour la cuisine réunionnaise.
Comment servir un cari de poulet à la réunionnaise ?
À La Réunion, le cari n’arrive jamais seul. Je compose l’assiette comme là-bas : le riz blanc au fond, les grains réunionnais à côté (lentilles, haricots rouges ou pois du Cap), le cari par-dessus, et un petit accompagnement sur le bord, qu’on prend par petites touches. Le piment reste à part, pour que chacun dose. Pour le bord de l’assiette :
- Un rougail tomates, frais et acidulé : le compagnon classique du cari poulet, prêt en un quart d’heure.
- Des achards de légumes ou un achard chouchou, pour le croquant vinaigré, ou des achards de citron, plus acidulés.
- Un rougail mangue verte ou un rougail dakatine, à la pâte d’arachide, qui va très bien avec le poulet.
- Des brèdes, en bouillon ou en fricassée, et de la pâte de piment sur la table.
Combien de poulet par personne ?
Comptez 250 à 350 g de poulet avec os par personne : un poulet de 1,5 kg nourrit 4 bons appétits, ou 6 avec le riz, les grains et un rougail. Pour une grande tablée, sur une base de 300 g :
| Personnes | Poulet avec os | Tomates | Oignons | Eau |
|---|---|---|---|---|
| 4 | 1,2 kg | 2 ou 3 | 1 ou 2 | 15 cl |
| 10 | 3 kg | 6 | 4 | 35 cl |
| 20 | 6 kg | 12 | 8 | 60 cl |
L’eau n’augmente pas autant que le poulet, qui rend son propre jus. Au-delà de 2 kg, je dore le poulet en plusieurs fois, dans une marmite large plutôt que haute, pour que la sauce puisse réduire.
Que boire avec un cari de poulet ?
Le curcuma, le gingembre et le piment n’aiment pas les tanins : je vous conseille un rosé ou un blanc sec et fruité, bien frais, ou une bière blonde. En apéritif, un punch planteur ou un punch gingembre citron vert annonce les épices ; en digestif, un petit verre de rhum arrangé aux épices. Sans alcool, un jus d’ananas ou de letchi. Et toujours avec modération.
Conserver et réchauffer le cari de poulet : mes conseils
Bonne nouvelle : je le trouve souvent meilleur le lendemain, quand les épices ont eu le temps de se fondre dans la sauce. Je vous conseille même de le préparer la veille quand vous recevez.
Il se garde 2 à 3 jours au réfrigérateur, dans une boîte hermétique, rangé dans les deux heures après la cuisson. Il se congèle jusqu’à 3 mois, sans les pommes de terre, qui deviennent farineuses. Réchauffez-le à feu doux, avec un fond d’eau si la sauce a épaissi, jusqu’à ce qu’il soit bien chaud à cœur, et une seule fois.
Vos questions sur le cari de poulet
Les cuisses et hauts de cuisse, avec l’os et la peau : ils restent moelleux et donnent du goût à la sauce. Le poulet entier découpé est le choix traditionnel. Des blancs sans os sèchent s’ils mijotent : ajoutez-les seulement pour les 10 dernières minutes.
Comptez une heure au total : une vingtaine de minutes pour dorer, roussir et compoter, puis 30 minutes de mijotage à couvert et 10 minutes de réduction. Un poulet fermier ou péi demande 15 à 20 minutes de plus.
Non : le cari réunionnais se colore au curcuma, pas à la poudre de curry. Le curry donne un goût plus proche du carry mauricien ou du curry indien.
Oui, et c’est même conseillé : les épices ont le temps de se fondre dans la sauce. Gardez-le au réfrigérateur et réchauffez-le doucement à la casserole.
Non, le piment est facultatif. Glissez 2 ou 3 petits piments entiers dans la marmite pour parfumer sans tout embraser, ou servez la pâte de piment à part.
Oui, la méthode est la même, seul le temps change : voyez mon cari de porc, le cari de crevettes ou le cari thon.
Le mot de la fin : le cari de poulet ne demande ni technique ni ingrédient rare, seulement un peu de patience devant la marmite. Prenez le temps de dorer, de roussir, de réduire, et il vous le rendra au centuple.
Et si le vôtre ne ressemble pas à ce que vous espériez, racontez-moi en commentaire : on cherchera ensemble ce qui a coincé.
Vous en voulez plus ? Parcourez mes autres plats réunionnais, du rougail saucisses au cabri massalé, ou faites le tour de nos spécialités réunionnaises.



Un commentaire
Roland Almeras
site bien fait